16 Avril 2026 à la librairie L'Hydre aux mille têtes (Marseille), le vernissage de Reconnaissance Reconnexion Rupture
Un projet collaboratif de Camille BARRÉ, dont les photographies s'entourent
des mots de Ludivine ALCALA, mais aussi sous le signe d'une invitation élargie à
d'autres femmes neuroatypiques
Moulés sur mesure aux photographies de Camille, les mots de Ludivine se juxtaposent dans un verbe délicat et précis
Camille dans les derniers préparatifs avant ouverture
un texte inédit de Anne ASTIER, 1983
Anne ASTIER photographiée par Camille pour le projet de l'exposition
Léa RODRIGUEZ, invitée au titre de l'Association Autiegirls, mais aussi en tant que doctorante en sociologie, menant sa réflexion sur le travail invisible des femmes, notamment neuroatypiques
Bienvenue à la librairie L'Hydre aux mille têtes, un petit bar y est ouvert en ce soir de vernissage
Moments de convivialité et de détente
La prise de parole commence, avec un texte détaillé de Camille, sur sa pratique et sur le contexte des femmes neuroatypiques dans l'art, à la fois sensible et engagé
Ludivine explore avec beaucoup de finesse et pertinence son regard sur les photographies de Camille
Une présentation en duo de l'Association Sloane, qui propose aux neuroatypiques de sortir de leur isolement grâce à divers partenaires culturels. Moments d'humour et de sérieux
Léa présente Autiegirls, ainsi que le contexte des femmes artistes, et de surcroît neuroatypiques
Inspirée par le texte écrit par Camille, j'avais choisi l'angle de l'invisibilité et de l'invisible pour ma prise de parole
Évoquant d'abord le sentiment d'invisibilité lorsque vers mes 20 ans je devais me maquiller à outrance et m'habiller de façon extravagante pour tenter d'apparaître aux yeux des autres dans la rue, évoquant les efforts que cela me demandait pour rendre mon travail artistique visible, mais du coup j'investiguais l'invisible, par les mots ou plus tard par des dessins, que j'avais très peur de montrer mais qui ont fait du bien à ceux qui les ont regardé car cela les mettait face à leurs propres ressentis
Et puis j'ai abordé les bienfaits de cette invisibilité, car cela permet de faire grandir en soi et protéger un trésor, à l'intérieur de soi, et qui, mieux qu'une femme, peut être qualifiée pour cela ?
Puis vint la lecture d'un texte (extrait de Ma trinité d'amour, ©Metaversel 2021)
La quête de la petitesse
Les parcours de vie sont ceux qui nous prennent à un endroit de nous-mêmes, et nous transportent doucement vers un autre lieu de notre être.
Adolescente et jeune adulte, je savais tout au fond de mes cellules que j’étais venue livrer une œuvre, une œuvre faite pour rayonner, faite pour aller vers les autres, pour aller vers la connaissance et la reconnaissance. Cela me semblait évident car j’entendais au très profond que j’étais venue pour accomplir cela.
Mon parcours fut plus chaotique que je ne l’avais pensé ; bien souvent, la vie me stoppa dans les chemins que j’empruntais, dans les événements que j’appelais de tout mon être mais ne s’accomplissaient pas forcément. Bien des fois j’ai dû apprendre la patience et la foi inconditionnelle. Bien des fois, j’ai rendu à l’univers un travail que je percevais trop lourd à porter, trop exigeant à ciseler.
Je n’ai jamais voulu aucun employeur, j’ai toujours pensé que l’Univers était le seul à qui rendre des comptes. Travailler pour l’Univers était la seule option que j’envisageais parce qu’elle seule correspondait à mon honnêteté profonde.
J’alternais ainsi des moments d’élans et des moments de repli.
Un jour de mon parcours artistique, j’ai posé ce qui s’est imposé à moi comme étant des « actes de négation ». 1994 : je volai un exemplaire de mon roman Le piano, que j’avais offert au Centre International de Poésie Marseille, je retirai discrètement mon dossier parmi les dossiers d’artistes des Ateliers Municipaux, je gardai sans les envoyer les 21 lettres d’art, comprenant 21 fragments d’un éventail ancien et adressées à des artistes ou institutionnels. J’organisai à mon domicile une installation délibérément privée, du travail d’un ami peintre reconnu.
Ce retrait des quelques traces de ma présence dans l’espace public me permit avec bonheur de pouvoir travailler en toute liberté à l’œuvre mixte telle que je me l’imaginais, hybride d’art, de littérature, de science quantique, de spiritualité, de langage des réseaux, d’érotisme et de poésie.
J’appris à ne me laisser guider que par mes perceptions intérieures, cellulaires, atomiques. J’appris à nommer et imager des transits subtils que ma parole n’atteint pas.
Et puis je rencontrai Frédéric, mon compagnon depuis dix huit ans de cette vie terrestre. Auprès de lui j’appris aussi bien le bonheur de montrer publiquement (de par notre galerie dans le monde virtuel Second Life™ qui attira un public international et devint rapidement un lieu référent) que le détachement de toute nécessité de montrer, avec la découverte de la discrétion, du renoncement à l’avant-plan.
Auprès de lui j’expérimentai ce que Thérèse de Lisieux, la petite Thérèse, est venue enseigner, cette voie de la petitesse, et qui énonce d’embrasser dans un total abandon la place la plus petite qui puisse être.
S’effacer du monde extérieur pour mieux prendre sa place en l’en-soi, exige de trouver ce passage étroit où l’on ne passe que seul, et qui mène, par la petitesse, à l’immensité radieuse.
A l’heure où nous sommes encouragés à devenir de plus en plus visibles, je revendique cette quête de l’effacement, de l’autrement, de l’outretemps, du tout petit.
Un grand merci à Camille qui a tissé des liens humains et artistiques pour que cette soirée ait lieu. Un grand merci à Yves qui le premier m'a abordée à propos de mon texte lu, un grand merci à Rayan pour nos échanges sur le cinéma (il s'occupe de la cinémathèque de l'équipe Sloane), un grand merci à Nadège qui a été bouleversée aussi par le texte lu. Un grand merci à chacun qui a fait de cette soirée un moment fort et doux à la fois. Un grand merci à la librairie qui nous a accueilli avec beaucoup de bienveillance et de simplicité ...
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